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René Macaire continue d’étinceler vingt ans après sa mort (10 octobre 1993-10 octobre 2013)

Extrait de le Publiphobe 141(10-13)2738447759r_large

Au fond d’une tombe de Crépy-en-Valois gît depuis vingt ans (13 octobre 1993) un être lumineux, René Macaire (né en 1916), dont l’oeuvre et le message n’ont cessé de rayonner depuis sa mort, et d’irriguer maint mouvement non-violent, à commencer par les Réseaux Espérance, dont il reste l’inspirateur, mais aussi, pour ce qui touche à l’antipublicité, Résistance à l’agression publicitaire (V. XIII), dont il fut l’initiateur, aux côtés de François Brune et d’Yvan Gradis. Ce philosophe au rire d’enfant, qui plutôt que la militance prônait la « mutance » (croissance en intériorité du plus grand nombre en vue d’une efficacité dans l’action sociale et politique – en d’autres termes, se changer soi-même en même temps que le monde), aurait sans doute apprécié diversement, ces vingt dernières années, les multiples facettes du mouvement antipublicitaire qu’il appelait de ses voeux.
Extraits de ses lettres au rédacteur du Publiphobe (1991-1993) : « Parmi les “actions culturelles de grande ampleur à la Gandhi” qu’à mon sens nous devons faire, il y a le boycott de produits vantés par des publicités dégradantes. […] Nous sommes en état de guerre, nous sommes envahis, nous devons mener une guerre de libération. […] Il faut que nous tous qui allons nous lancer dans cette aventure sachions que cela va être un combat difficile et qui aura ses victimes. Ici ce n’est pas aux effets ou aux apparences du mal que nous nous attaquons mais au mal en son noyau et là la guerre est implacable. […] Bien que je devienne vieux, je garde des pulsions et des illusions de jeune. Je dis illusions car je suis obligé de voir en face ceci : très peu de personnes sont prêtes à boycotter l’inacceptable ! Au fond cela me fait peine et me révolte même. Voilà, tous ces écrivains, ces chercheurs, ces penseurs, ces militants d’une société juste, ces militants contre le chômage, ces partisans du revenu d’existence, ces amoureux de la non-violence active, ces chrétiens du “plein évangile”, ces humanistes à la Jean-Jacques Rousseau, bref tous ces amis sinon de la révolution, du moins de l’évolution, sont pratiquement inconscients que les consciences auxquelles ils s’adressent sont quotidiennement desséchées, conditionnées, anesthésiées, par des médias régressifs aux mains des seules puissances d’argent et de prestige. Quel scandale, quel aveuglement ! Les militants de tout bord, y compris ce qui reste du clergé souvent, ont perdu la tripe populaire. Ils ne voient pas qu’on tue le peuple ! Tous les jours, minute après minute. Nous sommes loin de la mutance ! »

Procès du Collectif des déboulonneurs : les attendus tant attendus de la relaxe historique du 25 mars 2013

Les six déboulonneurs relaxés par le tribunal de Paris le 25 mars 2013 (relaxe définitive, le parquet n’ayant pas fait appel) ont enfin reçu les attendus de leur jugement. La rédaction en est tellement cruciale qu’elle mérite une diffusion maximale. Il s’agit ni plus ni moins que de la reconnaissance officielle de la légitimité du barbouillage antipublicitaire comme réaction à l’agression visuelle perpétrée par les affiches et aux nuisances sanitaires et environnementales induites par les campagnes dont elles sont porteuses. Y sont en effet invoqués la liberté d’opinion, la liberté d’expression et l’état de nécessité. Pour se procurer le texte complet de ce jugement historique (5 pages), se reporter au « Catalogue » (V. XII).

Extraits : « Lorsque le bien d’autrui est une publicité, le droit de propriété entre en conflit avec la liberté d’expression affirmée elle aussi comme un droit fondamental. (…) Les inscriptions des prévenus se superposent aux slogans de l’affiche, qui n’est ni déchirée ni détériorée, mais complétée par d’autres mots inscrits dans un autre graphisme. (…) Pour des raisons de fonctionnement neurologique du cerveau humain, la publicité, dans les grandes dimensions qu’elle impose dans l’espace public, comporte une contrainte morale pour les passants. À la différence de la publicité télévisée, radiophonique ou même informatique, il est impossible d’y échapper. (…) Le danger imminent de mourir d’un accident de la route, notamment sous l’incitation publicitaire à acquérir des voitures qui roulent toujours plus vite, ou à boire des alcools qui donnent une image de soi fortement positive, est réel. (…) Les publicités, certes détournées, pour des marques de cigarettes sont un danger réel et imminent pour une partie de la population de décéder de problèmes pulmonaires. (…) La jurisprudence a admis, dans de rares cas, l’état de nécessité devant l’impossibilité pour l’auteur de l’infraction de faire autrement que de la commettre. (…) Le Collectif des déboulonneurs a, sans succès, tenté d’utiliser la voie législative pour réduire les effets nocifs des affiches publicitaires. Il a aussi tenté d’alerter les pouvoirs publics, sans plus de succès. (…) Devant la nocivité pour la santé de certaines publicités pour les aliments malsains, le tabac ou l’alcool, il peut être considéré que le fait de griffonner des slogans sur des affiches est proportionné au danger. Devant la nocivité pour la santé de certaines publicités pour les aliments malsains, le tabac ou l’alcool, il peut être considéré que le fait de griffonner des slogans sur des affiches est proportionné au danger de maladie ou de mort couru par la population. »

Yvan Gradis

Télécharger l’intégralité de le Publiphobe N°140

En juin, deviens ce que tu es !

Introduction du bulletin d’information de juin.

“La seule chose que le poisson ne peux pas voir, c’est l’eau.” – Aristote

 

Le poisson volant, lui, est capable de s’extraire de son milieu en s’élevant dans les airs, il surplombe les océans avant de replonger dans les profondeurs. Plus que tous les autres poissons, il peut se forger une conscience de ce qu’il y a au-de-là du monde dans lequel il est plongé.

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Ce bulletin d’information est peut-être la matière première qu’il nous faut pour fabriquer des paire d’ailes et nous extraire du conditionnement quotidien.

Notre temps d’attention est détruit par les sollicitations incessantes, cette pollution permanente que l’on ingurgite en accompagnement de notre information quotidienne nous cloue au sol.

La pensée critique est broyée par le système publicitaire et ses injonctions à consommer, nous faisant adopter des comportements grégaires laissant le champ libre aux tyrans exploiteurs. L’institution totalitaire empêche la prise de conscience, clé de voute de toute les remises en question et de toutes délibérations raisonnable.

Voici une dose de sérum, concoctée par votre apothicaire, à partir des informations de mai, pour commencer le mois juin avec vaillance et entrain.

Distribuez-en à vos voisins !

Ou inscrivez-vous si ce n’est pas encore fait ! ( dans la barre de navigation sur votre gauche)

50 millions de vues en un mois ! Et bois, et bois, et bois !

Pas si simple de vendre de l’eau en bouteille à des consommateurs qui ne risquent pas d’attraper la typhoïde ou l’hépatite A en ouvrant le robinet de la cuisine. Pourtant chez Danone, on s’en sort plutôt bien. On a trouvé le filon. On en est même devenu l’exemple de référence, le modèle, le challenge à dépasser en terme d’impact et de viralité. Mais qu’a donc cette pub de si extraordinaire qu’elle soit attendue, accueillie et diffusée comme le serait le dernier blockbuster hollywoodien ?

Le sujet de la publicité, c’est de dépasser la définition basique du produit pour proposer une émotion, quelque chose de l’ordre du spectacle, quelque chose qu’on a envie de partager” (Rémi Babinet, cofondateur de l’agence BETC et créateur des campagnes publicitaires pour Evian) Continue Reading